⌈Un arc-en-ciel géant en céramique émaillée, fondant en une grande flaque de latex teinté. Cette chose curieuse et fascinante qu’est l’arc-en-ciel renvoie au paysage dont il est une composante éphémère. En abordant ce sujet par la céramique, l’artiste nous représente l’irreprésentable. Comme les peintres impressionnistes qui cherchaient à peindre l’impression de la lumière, Charlotte Coquen cherche le moyen de représenter physiquement, par le dur, le lourd mais aussi le mou (latex), un phénomène intangible. Dès lors, la représentation n’est pas littérale mais vise à une déconstruction tant esthétique que narrative du sujet.
La forme de l’arc-en-ciel est aussi décorative qu’est illusoire la quête de bonheur fondatrice de nos sociétés occidentales consuméristes. L’artiste nous invite à nous amuser des codes sociaux du bonheur et du rêve. Attirant, son arc-en-ciel fond, les couleurs coulent, le phénomène devenu objet est bel et bien boiteux et décalé. «Tagada » renvoie aussi à la virilité factice définie par les codes machistes. La frontière entre le masculin et le féminin, dans le sens de la codification des genres dans les phénomènes sociaux, est un vaste terrain d’exploration pour l’artiste. ⌋
LR, directeur conservateur du musée Keramis
Extrait du catalogue de l’exposition monographique ; Tout à l’horizontal – éditions Keramis
Grès blanc émaillé et latex teinté,
220x220x170cm,
2018
Réalisée en résidence et avec le soutien de Keramis.